par Thierry LE BRAS

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Un diamant pur, voilà ce qu’inspire Lewis Hamilton. Un pilote qui lutte pour le titre dès sa première saison et prend la mesure d’un équipier champion du monde sortant, c’est l’annonce d’un talent exceptionnel qui marquera l’histoire de la F1.

Car que personne ne s’y trompe. Si Lewis termine le championnat 2007 à égalité de points avec son équipier, c’est après avoir perdu 17 points sur des fautes de jeunesse et une erreur de son team (maintien en piste sous la pluie avec des pneus usés). En réalité, Lewis a donné un coup de vieux à Alonso comme Schumi l’avait fait en son temps avec Piquet chez Benetton.

Un pilote et un personnage

Le phénomène séduit ou dérange, d’autant que le garçon jouit d’un charisme très fort, fréquente la Jet Set, et entame sa carrière dans un contexte de concurrence exacerbée qui attise l’intérêt des médias. Une concurrence qui deviendra vite polémique en 2007 lorsque son équipier affolé commencera à se lamenter d’être prétendument désavantagé. Une situation qui rappelle curieusement un épisode de la guerre Senna – Prost.

Si Alonso n’est pas Prost – ce sont ses points communs avec d’autres pilotes que je communiquerai dans quelques jours -, Lewis Hamilton est le digne descendant de Senna. C’est d’ailleurs bien au Dieu brésilien que le compara Lionel Froissart dès son arrivée au sein de la discipline reine. Comme Ayrton, Lewis est magique. Il possède toutes les qualités qui font un super-champion, un pilote d’exception qui reste dans les mémoires pendant plusieurs générations. Outre le talent naturel, la pointe de vitesse, l’art du dépassement, la fluidité du pilotage, Lewis travaille efficacement à la mise au point de sa machine et apprend immédiatement de ses erreurs. Il mûrit de course en course, accroche les points intermédiaires lorsque les circonstances ne lui permettent pas de mener impérialement les débats.

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_ Il possède aussi l’esprit d’équipe. Ne fut-il pas le premier – avec Kimi - à venir féliciter son équipier Heikki à Budapest malgré sa propre déception ?

Certes, Lewis n’est pas parfaitement consensuel. Il commet encore des maladresses dans sa communication. Ses déclarations après Spa en fournissent un exemple clair. Mais il a subi tant d’attaques injustifiées durant la saison 2007 qu’il est permis de lui trouver quelques circonstances atténuantes liées aux expériences douloureuses d’un passé encore récent. Certains s’en prirent vertement à lui l’an dernier. Je reste toutefois convaincu que s’il n’était pas un homme de couleur, le nombre de ses détracteurs s’en trouverait soudainement réduit. Les ignobles banderoles brandies lors d’essais privés (en Espagne) cet hiver et la légèreté avec laquelle une journaliste du quotidien L’Équipe traita ces faits qu’elle trouva pleins d’humour confortent cette triste constatation. Mais Ayrton non plus n’était pas toujours consensuel. Certains épisodes de sa lutte avec Alain Prost furent sauvages. Lorsque le Brésilien comprit qu’il ne pourrait pas piloter pour Williams en 1993 car Prost y était déjà, il ne fit pas de cadeaux dans ses déclarations, clamant avec des adjectifs peu élogieux que le Français avait peur de l’affronter. Et en piste, les deux hommes se battirent à couteaux tirés avant de réaliser à quel point leur supériorité les rapprochait malgré leur rivalité, à quel point leur lutte contribuait à les ériger tous les deux au rang de légendes.

Ironique et mordant

Lewis se montre parfois malicieux. Un trait de caractère qui le rend humain et fait rire ses supporters. L’an dernier, tandis que son rival s’enfonçait dans une image de bad boy en guerre contre sa propre équipe, ce fut Lewis qui trouva les mots qui tuent. « Alonso m’a montré tout ce qu’il ne faut pas faire en F1 », ironisera-t-il en fin de saison. Une phrase citée au palmarès des vacheries entre sportifs.

Comme Senna, Hamilton possède les armes pour se défendre partout, sur la piste comme en dehors. Qui s’y frotte s’y pique.

Il rappelle aussi une autre star, celle du Moto GP, Valentino Rossi, le Doktor. Des garçons surdoués qui gagnent tout dans toutes les disciplines, des formules de promotion à la discipline reine, qui jouissent d’un charisme hors pair et symbolisent le talent absolu ainsi que la maîtrise parfaite de la discipline. Sans compter que Lewis contre le petit toro râleur lors de son arrivée en F1, ça ressemble un peu à Valentino contre le Biaggi furieux jusqu’à ce que ce dernier quitte prématurément la piste aux étoiles.

Quel avenir pour Lewis ?

Des titres bien sûr, plusieurs titres.
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Le Times affirme qu’il y a peu de monde en Formule 1 qui ne croit pas qu’Hamilton soit approché par Ferrari et qu’il ne finira pas par conduire pour le Team de Maranello. Comment deux mythes de la F1, l’un au sommet de sa splendeur, l’autre en cours de construction, pourraient-ils ne pas unir leur destin un jour ? Quand ? Pourquoi pas dans deux ou trois ans, à la retraite de Kimi ?

Lewis ne rejoindra sans doute pas tout à fait Senna au firmament des pilotes mythiques. Tout au moins je l’espère malgré le grand respect et la sympathie que m’inspire cet immense pilote. Pour une seule raison. Ayrton Senna est mort en course, comme Jim Clark, comme Jochen Rindt, comme François Cevert et malheureusement trop d’autres. La fin dramatique d’une carrière grandit encore l’aura et la dimension mythique d’un pilote. Or, je ne souhaite à aucun champion de connaître un tel malheur même si ça contribue à sa légende.

_ (à suivre)