Par Thierry LE BRAS

Les pilotes sont des hommes d’exception. Tous les quinze jours durant la saison, ils apparaissent sur les écrans de télévision du monde entier vêtus de combinaisons futuristes et de gants, protégés par des casques intégraux arborant des couleurs qui reflètent leurs personnalités ou racontent leur histoire.

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Ces tenues futuristes rappellent aussi que la course automobile reste un sport dangereux. Ses acteurs domptent des machines infernales, prennent des risques considérables. Dans une société aseptisée qui a peur de tout, un monde où la vitesse et l’ambition de gagner ressemblent à des péchés aux yeux des médiocres, les pilotes symbolisent le talent, le courage, la volonté, la rage d’être les meilleurs. Ils se forgent un statut de héros aux yeux de ceux pour qui l’effort conserve un sens positif.

Qui sont ces êtres capables de freiner roues contre roues à plus de 300 kilomètres/heure, de jeter leurs monoplaces rugissantes dans le trou de souris ouvert par un rival trop optimiste ou déstabilisé par la pression qu’il subit au fil des tours ?

Chaque pilote possède une personnalité affirmée. Sinon, il n’existerait pas sur le ring intercontinental de la Formule 1.

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Les pilotes d’aujourd’hui ressemblent-ils à leurs aînés ? La F1 a changé au fil des ans. Compte tenu des sommes colossales qu’elle véhicule, elle s’est professionnalisée à l’extrême. Fini le temps des artisans géniaux. La F1 vit avec la société industrielle et accompagne ses défis, y compris celui de l’écologie. La discipline demande plus encore aux pilotes que lors des seventies par exemple. Outre un as du pilotage impliqué dans son team, le pilote contemporain assume un rôle d’ambassadeur de son écurie et de ses sponsors. Communiquer une image valorisante de ses employeurs fait partie intégrante de sa mission, des devoirs qui constituent la contrepartie de son statut de superstar. Dans un monde en pleine révolution qui exige toujours plus des agents de la vie économique, le pilote qui veut durer dans les top teams ne pourra plus jamais se comporter en vedette capricieuse et égocentrique. Mais Jim Clark, Jackie Stewart et nombre de leur aînés avaient en leur temps déjà devancé cette évolution.

Les pilotes d’aujourd’hui sont-ils les fils spirituels de leurs glorieux aînés ? Trouve-t-on dans l’histoire de la F1 une personnalité correspondant d’assez près à celle de chaque animateur du peloton 2008 ? En y réfléchissant bien, certaines ressemblances transparaissent. Elles se révèlent parfois frappantes au-delà de tout préjugé. L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement ?

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Peut-être. Elle apporte en tout cas des éléments de réflexion sur le présent comme sur le futur.

Avant d'épouser ta bergère
Regarde sa mère, regarde sa mère
Pour voir comment elle sera dans 20 ans

chantait Henri Salvador en 1969

Les leçons de l’histoire peuvent profiter aux patrons de teams. Avant de s’engager avec un pilote, regarde son père spirituel, tu auras le même dans six mois.

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A tout seigneur, tout honneur, je commencerai par le Champion du monde en titre, l’homme incontournable dans un team qui veut gagner, celui qui fut le premier choix de McLaren et reste celui de Ferrari, Kimi Räikkönen.

Kimi Raïkkönen

Kimi a choisi le pilote à qui il veut ressembler. En s’engageant dans une course de jet ski sous le pseudonyme James Hunt, le Finlandais a affiché sa filiation intellectuelle avec le Champion du monde 1976.

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Comme James, Kimi est un pilote très rapide, capable de devenir champion du monde dans un contexte de concurrence très forte. Comme James encore, il aime la fête, ce qui ne nuit pas à sa carrière. Ni James ni Kimi n’ont jamais montré la moindre défaillance physique en course. Comme quoi, un pilote peut trouver des méthodes de préparation physique efficaces et moins rigoureuses que celles de Michael Schumacher. Comme James toujours, il a confirmé son appartenance à la race des seigneurs de la Formule 1 chez McLaren. Et comme James enfin, il est un homme profondément honnête qui se tient à l’écart des embrouilles et entretient des relations tout à fait correctes avec ses concurrents. En pleine lutte pour le titre avec Niki Lauda en 1976, James et Niki voyageaient en avion ensemble. Aujourd’hui, Felipe Massa lui-même souligne les qualités morales de son équipier rival. « Kimi est un mec réglo, confirme le Brésilien . Je ne l’ai jamais vu jouer le moindre tour politique. Il est clair. Clair dans le boulot, clair dans ses rapports avec les autres ».

A l’instar de James, Kimi ne se prend pas la tête avec les basses manœuvres politiques. Il respecte ses adversaires. Comme son aîné James, il est passé par l’école McLaren.

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Je lis parfois des commentaires qui assimilent Kimi à un autre Anglais, Nigel Mansell. J’avancerai que quelles que soient les intentions de leurs auteurs, une telle comparaison n’a rien de désobligeant pour le champion finlandais. Nigel ne possédait-il pas un formidable coup de volant ? Ses passes d’armes avec le Dieu Ayrton Senna restent dans les mémoires de tous les passionnés de F1 assez âgés pour avoir suivi la discipline reine au temps de la splendeur de ces deux immenses pilotes. Nigel symbolisait le talent, le fighting spirit et l’honnêteté.

Que lui reprochent ses détracteurs ? Son intelligence fut mise en doute et son couple tourné en ridicule. Pourquoi ?

Une partie de la réponse fut apportée l’an dernier au Grand-Prix du Brésil par Nelson Piquet (père). Le triple champion du monde reconnut qu’il avait lancé la rumeur selon laquelle Nigel Mansell était idiot et sa femme laide pour déstabiliser celui qui était alors son équipier chez Williams, mais surtout un formidable adversaire pour le titre. Autrement dit, une rumeur entacha à jamais l’image d’un pilote rapide et ridiculisa son épouse, une femme tout à fait honorable qui soutenait son mari et se contentait d’organiser une vie de famille sereine. Profondément honnête, Nigel n’aurait pas eu l’idée quant à lui de se comporter en langue de vipère. Lion sur la piste, il était désarmé face aux coups bas.

Un autre élément joua en défaveur de l’image du Champion du monde 1992. A chaque interview en fin de course, il insistait sur la qualité du travail de son équipe. Les mots « fantastic job » revenaient sans cesse dans sa bouche. Certains se moquèrent de lui à l’époque. Signe de stupidité ? Pas du tout. Preuve de l’intégrité et de la sincérité d’un champion doté d’un superbe esprit d’équipe et reconnaissant à chaque membre du team pour la pierre apportée à l’édifice qui lui permettait à lui, le pilote, de concrétiser les efforts de chacun en remportant des victoires.

D’ailleurs, Nigel Mansell n’avait rien d’un benêt. Il était titulaire d’un diplôme d’ingénieur. Au début de sa carrière de pilote, il assumait aussi un poste de chargé de cours en électronique chez Lucas, dans l'aérospatiale. Il pratiquait assidûment le karaté. Tout le contraire de l’image qui lui fut injustement collée.

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Rien d’humiliant donc pour Kimi Räikkönen à se voir comparé à Nigel Mansell. A l’analyse, l’évocation de Nigel Mansell honore au contraire le champion du monde 2007. car outre un talent extraordinaire, une honnêteté sans faille et un fighting spirit de légende, les deux hommes possèdent un point commun dont ils se seraient par contre bien passés. Ils sont injustement critiqués et dévalorisés, victimes de rumeurs sournoises et ignobles. Nous connaissons maintenant les motifs assez minables qui nuisirent à la réputation de Nigel, des actes qui ne grandissent pas Piquet père malgré tout son talent et toutes les qualités dont il fit preuve par ailleurs durant sa carrière. Les raisons des rumeurs destinées à casser l’image de Kimi et à le discréditer auprès du public et du monde de la F1 relèvent des mêmes calculs. Son baquet Ferrari suscite quelques jalousies …

Suscitons que les coups bas qu’il subit ne cassent pas définitivement sa motivation. Pour l’heure, ce n’est pas le cas « Bien sûr, je veux plus. Celui qui croit que je suis rassasié ou fatigué se trompe complètement, déclarait récemment Kimi. Si nous n'obtenons pas les deux titres mondiaux à la fin de la saison, nous serons déçus »

Kimi est un valeureux champion du monde. Il reste la priorité de la Scuderia même si celle-ci utilise sans doute astucieusement l’effet de rumeurs tenant du lobbying – rumeurs qu’elle a tout de même déjà démenties - pour négocier au mieux son renouvellement de contrat pour 2010 et 2011.

A suivre …