DAVID SAREL RÊVE D'OLYMPIADES DU PILOTAGE
Par Thierry Le Bras, mercredi 20 août 2008 à 13:28 :: General :: #44 :: rss
FICTION
David Sarel est un personnage de fiction. Mais comme l’écrivit Serge Dalens, « les personnages de fiction vivent dans un monde parallèle où ils entraînent les lecteurs de leurs aventures ». David Sarel existe donc bien, non seulement dans mon esprit, mais aussi dans ceux des lecteurs des romans qui le mettent en scène et des nouvelles en ligne sur Fanatic F1
(cf http://www.fanaticf1.com/formule1/mot282.html ).
Né en 1972, David Sarel est ce qu’on appelle un gentleman driver. N’entendez pas par là qu’il pilote moins vite que d’autres qui se consacrent uniquement à la course. Non, simplement, il exerce aussi un autre métier, celui d’avocat. Si la F1 se révèle si exclusive qu’elle ne laisse pas une minute à ses acteurs, plusieurs pilotes d’autres disciplines exercèrent (ou exercent encore un autre métier). Et pas des moindres. Je citerai entre autres les exemples de Bob Wollek, Hervé Poulain, Fabien Giroix, David Terrien, Jean-Pierre Malcher, Jean-Louis Bousquet, Lucien Guitteny, David Hallyday, Bastien Brière (encore étudiant) et Yoann Bonato. Des pointures, des gars qui vont très fort mais qui travaillent ou poursuivent des études en dehors de la course.

Du VHC au rallye, au championnat LMS et aux 24 Heures du Mans, l’avocat pilote David Sarel vit pleinement sa passion du pilotage. Et plus généralement du sport automobile. Car non seulement il sait ce que ressent un pilote dans son baquet, mais en tant qu’avocat d’un constructeur de voitures de sport, d’un team, de pilotes de haut niveau (y compris en F1), David s’implique sans limite dans la compétition automobile qui le fascine.
Alors, en cette période de Jeux Olympiques, une idée irrite David. Pourquoi les pilotes automobiles se trouvent-ils exclus de l’Olympisme ? L’avocat-pilote a décidé de mettre le débat sur le tapis. Aussi a-t-il organisé une interview avec son ami Sébastien Ménier, journaliste de la chaîne :Total Infos. L’interview a été diffusée à plusieurs reprises la semaine dernière. Vous l’avez manquée ? Ce n’est pas grave. Voici sa retranscription écrite.
Sébastien Ménier : David, tu affirmes que la course automobile aurait sa place aux Jeux Olympiques. Ne crains-tu pas que l’utilisation d’un matériel élaboré s’avère incompatible avec l’esprit des Jeux ?
David Sarel : Plusieurs sports olympiques nécessitent l’usage d’un matériel très sophistiqué. Prends la voile par exemple. Le Tornado, le Finn, le 49er, le Laser, le 470, le Yndgling sont des bateaux qui nécessitent une mise au point et des réglages pour s’exprimer. Plusieurs coûtent cher. En ce sens, la voile est un sport mécanique et elle est pourtant admise aux Jeux depuis plus d’un siècle. Quelle différence alors avec une discipline ouverte à des pilotes ? Les plus grands skippers comme Laurent Bourgnon n’hésitent pas à affirmer qu’un marin pilote son bateau. Lorsqu’on voit un monstre tel qu’un 49er ou un Tornado bondir de vague en vague à une vitesse hallucinante, on comprend tout de suite ce qu’ils veulent dire. D’ailleurs, tous les sports olympique recourent à la technologie. Que penser des combinaisons des nageurs, des vélos des cyclistes, des perches des sauteurs ? Le recours à un matériel ne saurait suffire à justifier plus longtemps l’exclusion du pilotage des JO.
Sébastien Ménier : existe-t-il en sport automobile quelque chose qui puisse se comparer avec les JO ?
David Sarel : Les Jeux Olympique symbolisent à la fois la performance ultime et le rendez-vous exceptionnel car rare. Il n’existe rien de tel en sport automobile. Certes, les 24 Heures du Mans ou le Grand-Prix de Monaco revêtent un caractère exceptionnel, mais leur périodicité annuelle les sépare des Jeux. Quant à la saison de Grands-Prix, elle représente tout le contraire des JO. Bien sûr, elle réunit l’élite des pilotes, mais 18 fois dans la saison au lieu d’une fois tous les 4 ans. Le Rallye Londres-Sydney dont la première édition se déroula en 1968 adopte désormais la même fréquence que les Jeux. Mais qui le connaît en Europe ? Qui s’intéresse à un rallye qui réunit des groupe N de moins de 2 litres et des VHC tels que de vieilles Ford Falcon, Porsche 911, Escort RS ou DS 21 ? Personne. Cette course, pourtant très dure et fort intéressante se déroule dans l’indifférence générale. Si la FFSA organisait un sondage parmi ses licenciés, je ne suis pas sûr que 10% d’entre eux répondraient par l’affirmative à la question « savez-vous si le Marathon Londres-Sydney existe encore ».
Sébastien Ménier : En voile, il existe des grandes épreuves qui se déroulent une fois tous les quatre ans : la Route du Rhum, le Vendée Globe, la Coupe de l’America. C’est dommage que rien de semblable n’existe sur quatre roues.
David Sarel : c’est vrai. « Pour nous coureurs au large, la Route du Rhum représente nos Jeux Olympiques, témoigne Laurent Bourgnon. Une manifestation exceptionnelle et mythique dont elle adopte la périodicité ». La voile a ses JO labellisés pour les régatiers, ses équivalents avec les épreuves que tu cites pour les amateurs d’horizons lointains, mais le sport automobile n’est pas logé à la même enseigne, hélas !
Sébastien Ménier : mais sur quelles machines faire courir les pilotes aux JO ?
David Sarel : il existe une machine pas trop chère sur laquelle les pilotes pourraient s’exprimer, une machine que presque tous connaissent bien. Depuis au moins deux décennies, la plupart des pilotes de monoplaces sont arrivés à l’automobile par le karting. Ils aiment y revenir. Lorsque Philippe Streiff lança les Masters à Bercy, il fit venir les plus grands, à commencer par Alain Prost, Ayrton Senna et Freddy Vivien. Michael Schumacher, entre autres, a conservé intact son amour du karting, tout comme Olivier Panis et bien d’autres.
Sébastien Ménier : Tu crois que les rois de la F1 accepteraient de venir aux JO disputer une épreuve de karting ?
David Sarel : Et pourquoi pas ? Les deux plus grands champions de tennis contemporains, Rafael Nadal et Roger Federer sont venus à Pékin. Des garçons dont la mentalité est compatible avec l’esprit olympique se laisseraient tenter. Je vois très bien des pilotes de FI jouer le jeu, les Jeux, devrais-je dire. Lewis Hamilton, Nico Rosberg, Kimi Räikkönen, Jenson Button, Sebastian Vettel, Jarno Trulli, Heikki Kovalaïnen, Felipe Massa, Sébastien Bourdais, Nick Heidfeld, Robert Kubica, Nelson Piquet, Aurélien Vivien, Damien Brémant…

Sébastien Ménier : réserverais-tu l’accès des jeux à des pilotes de F1 ?
David Sarel : dans de nombreux sports olympiques, il existe plusieurs catégories. En judo par exemple, ou encore en boxe. Je songe à une organisation parallèle en sports mécaniques. La division qui va suivre ne représente qu’une première approche, une base de réflexion. Je lance l’idée de cinq catégories. Une réservée aux pilotes de F1, des formules monoplaces US les plus relevées, de DTM, de Speedcar Series et de prototypes en endurance. Une seconde pour les pilotes qui courent dans des formules monoplaces relevées comme le GP2 ou la Formula Nippon. Une troisième comprenant les pilotes de rallye et ceux qui courent en GT ou en voiture de tourisme. Une quatrième accueillant les pilotes engagés dans des formules de promotion, et une cinquième pour les pilotes de karting d’au moins 16 ans qui ne courent pas encore en monoplace. Nous pourrions même envisager une course en relais où chaque nation ferait courir un garçon de chacune des catégories. Une sorte de final en feu d’artifice des épreuves de karting.
Sébastien Ménier : quelques noms de pilotes français susceptibles d’intégrer la sélection ?
David Sarel : j’éviterai la catégorie 1 où mon amitié pour certains pilotes ne me permettrait pas d’être objectif. Dans la catégorie 2, je suggérerais à l’évidence l’excellent Loïc Duval et Romain Grosjean. Dans la 3, Sébastien Loeb et Yoann Bonato. Dans la 4 et la 5, c’est très difficile. La sélection serait cruelle car plusieurs pilotes la mériteraient .et qu’il faudrait cependant opérer un choix. Mais ce dilemme existe dans d’autres sports.
Sébastien Ménier : le public connaît les pilotes qui gagnent en F1, en championnat du monde des rallyes et au Mans. Crois-tu qu’il suivrait des courses de karting opposant des garçons qu’il ne connaît pas ?
David Sarel : J’en suis persuadé. Parce que les pilotes courraient sous les couleurs de leur pays. Donc, le public les encouragerait en espérant que les représentants de sa nation décrochent des médailles. Des disciplines peu médiatiques recueillent une bonne audience au JO parce que les membres de telle ou telle nation y espèrent des médailles. Les courses de kart qui sont vives, animées, spectaculaires, feraient un carton à l’audimat.
Sébastien Ménier : Et nous aurions des chances de médailles !
David Sarel : j’en suis convaincu. En F1, il est impossible de s’exprimer sans la meilleure voiture, ce qui fait que des pilotes particulièrement rapides comme Nico Rosberg ou Sebastian Vettel par exemple ne peuvent pas jouer la gagne actuellement. En kart Olympique, ce serait sympa de les voir roues dans roues avec les premiers du championnat. Et je suis persuadé qu’un lion comme Loïc Duval serait tout à fait capable d’aller nous chercher une médaille. Ceci dit, le kart aux JO, ce n’est pas pour demain. Les pilotes que je cite auront, j’espère, obtenu les machines qu’ils méritent d’ici là .
Note : quelques noms de pilotes de l'Univers de David Sarel ont été ajoutés aux noms des pilotes réels, comme dans les nouvelles et romans le mettant en scène

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