QUELQUES RÉFLEXIONS APRÈS HOCKENHEIM 2008
Par Thierry Le Bras, vendredi 25 juillet 2008 à 19:20 :: General :: #40 :: rss
Les moteurs se sont tus dans le stadium. Les campeurs ont déserté le site. Il faudra attendre deux ans pour qu’Hockenheim retrouve la joie des week-ends de Grand-Prix. A condition encore qu’aucun élément néfaste ne vienne mettre en cause l’inscription du circuit et de la course qui s’y déroule au calendrier 2010.

Hockenheim était le 10ème Grand-Prix de la saison cette année, ce qui signifie qu’il entamait la seconde demi-saison. Nous pourrions quasiment dire un nouveau championnat tant les écarts étaient serrées en tête avec Lewis, Kimi et Felipe à égalité de points, talonnés par Robert à 2 points.
Lewis Hamilton a marqué des points et les esprits. Le pilote Mclaren s’est imposé en patron sur la piste. De quoi donner bien des soucis à ses rivaux.
Impossible aussi de ne pas souligner le joli coup de Jarno Trulli en qualifications. 4ème avec la Toyota, il fallait le faire. Comme le bon vin, Jarno bonifie en vieillissant. Ce garçon aurait mérité de figurer sur la liste des champions du monde. Dommage qu’il n’ait pas disposé de la bonne voiture au bon moment.
Le déroulement du week-end et le résultat de la course inspirent en tout cas diverses réflexions. Hockenheim 2008 restera un moment important.
Le cheval cabré doit se révolter
Le recul des Ferrari se révèle préoccupant. Jamais les voitures rouges ne furent en mesure d’inquiéter un Lewis Hamilton génial et franchement dominateur. A Hockenheim comme à Silverstone, le jeune prodige anglais a riposté de manière magistrale à ses détracteurs dont les motivations sont généralement plus floues et mesquines que fondées. Que de commentaires acides et de ricanements indignes lorsque sa biographie n’atteignit pas les chiffres de vente attendus ! A croire que certains se sont réjouis qu’un livre traitant de sport automobile ne connaisse pas le succès escompté. Belles preuves d’amour de notre sport favori en vérité. Que de critiques acerbes et de calomnies à chacune de ses erreurs – jusqu’à le suspecter d’avoir volontairement heurté Kimi au Canada. Comme si le pilote anglais était le seul à partir de temps en temps à la faute. Si Lewis remporte le titre suprême en fin de saison, il fera un magnifique champion du monde.
La saison n’est pas terminée. Les Ferrari peuvent encore redresser la tête.
Les BMW aussi marquent le pas, mais c’est moins surprenant. Le Team BMW a toujours reconnu qu’il lui restait encore du travail avant de faire jeu égal sur toute une saison avec la Scuderia et McLaren Mercedes. BMW a remporté son premier Grand-Prix. Robert Kubica s’est montré époustouflant depuis le début de la saison et Nick Heidfeld a bien redressé la tête en course en Grande-Bretagne et en Allemagne. BMW est sur la voie, celle qui mène au statut de top team à court terme.
Que pourrait faire Ferrari pour redresser la barre ? Quelques séances d’essais vont-elles permettre de revenir au niveau, voire de devance les McLaren-Mercedes ? Kimi l’espère. "Nous avons fait de nombreux essais au cours de ces deux jours pour essayer de comprendre ce qui s'est passé à Hockenheim", témoignait-il hier soir. « Et nous avons réussi a comprendre le problème," La température souvent chaude de Budapest dopera-t-elle les voitures rouges ? En F1, les liaisons au sol sont essentielles dans la performance. De la faculté de Ferrari à exploiter ses pneus dans toutes les conditions dépendront ses chances de rester en lice pour les titres mondiaux.
Rappeler Jean Todt
Ferrari a connu des passages à vide dans le passé. Puis un homme est arrivé chez les Rouges. Un homme qui avait tout gagné chez Peugeot, le Championnat du monde des rallyes, le Dakar, Le Mans. Un homme qui a su catalyser les talents et les énergies vers la performance, la constance et l’excellence. Cet homme s’appelle Jean Todt. Et ce grand patron de team a apporté à la Scuderia .un palmarès éloquent. Jean Todt à la tête de la Scuderia, c’est :
- 6 titres pilotes : 5 avec Michael Schumacher (2000, 2001, 2002, 2003, 2004), 1 avec Kimi Räikkönen (2007) ;
- 7 titres constructeurs : 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2007.
Et je n’évoque même pas le nombre de Grands-Prix remportés par ces leaders et leurs équipiers, Irvine, Barrichello, Massa.
Ce palmarès exceptionnel, Jean Todt ne l’a pas construit seul bien sûr, mais avec des équipes qu’il a su sélectionner, constituer et gérer, y compris après les départs de Michael Schumacher et de Ross Brawn.

Les résultats parlent d’eux-mêmes. Face à un tel constat, Montezemolo doit tout faire pour rappeler Jean Todt d’urgence à la tête de la Scuderia. Tant pis pour ceux qui, au sein de l’équipe italienne, préfèrent une autre organisation. Leur organigramme ne prouve pas son efficacité. Les conséquences à en tirer s’imposent. Le président de Ferrari ne saurait accepter plus longtemps des erreurs aussi grossières que la faute de son équipe sur la grille de départ de Monaco –laquelle coûta une pénalité qui compliqua singulièrement la course de Kimi – ni la stratégie erratique de Silverstone qui priva le Finlandais d’un duel en tête avec Lewis.
Un patron digne de ce nom doit adopter la culture du résultat, et les meilleures chances de retrouver les voies de la victoire, c’est de replacer sans délai Jean Todt à la tête des Rouges, quitte à lui faire un véritable pont d’or et à lui offrir un gros paquet de stock options en prime. Puissent les supporters, les partenaires et les clients de Ferrari le crier assez fort dans le monde entier pour que le président de Ferrari l’entende et se sente contraint de les écouter.
Les supporters de Ferrari sont les plus nombreux dans les tribunes des Grands-Prix. Puissent-ils se faire entendre aussi sur le web.
Nelson Piquet s’affirme
L’autre leçon d’Hockenheim 2008, c’est que Nelson Piquet est un pilote tout à fait performant. Est-ce vraiment une surprise ? Pas tant que ça. Nul doute que les auteurs de son lynchage médiatique se sont étranglés dans leurs fauteuils dimanche après-midi. On avait déjà vu Piquet en verve aux essais libres à Bahrein et à Barcelone, au niveau voire devant son équipier. En France, il doubla son leader en fin de course. En Grande-Bretagne, il le devançait au moment où une erreur de jeunesse le priva des fruits d’un joli début de course.
Nelsinho est cette fois bien entré dans la cour des pilotes adultes en offrant à Renault son premier podium 2008.
En Allemagne, aucune turpitude ne lui fut pourtant épargnée. Pourquoi l’avoir envoyé en piste aussi tard en Q1 ? Le Team Renault gère-t-il si mal le trafic ? Un homme aussi rusé que Flavio Briatore peut-il ne pas sensibiliser ses collaborateurs à ce risque ? Le Brésilien butta sur un autre pilote plus lent. C’était plus que prévisible.
Certes en course, Nelsinho bénéficia du hasard de circonstances favorables. Malgré son team, car la stratégie de course adoptée par Renault n’était pas supposée le mettre en valeur. Jacques Laffite et Jean-Louis Moncet ne manquèrent pas de souligner les difficultés que lui infligeait une monoplace très chargée en essence… Les amis et les supporters du pilote brésilien retrouvent des couleurs et pourront désormais afficher leur soutien sans crainte du ridicule ni des médisances. Carlos Ghosn, pour qui le Brésil représente un marché important et qui s’y était affiché avec son pilote national en début d’année doit se réjouir de ce podium. Pour lui, Nelsinho ne ressemble certainement plus au maillon faible du team.
Espérons que sa vélocité lui vaudra un renouvellement de contrat et pas de se faire écarter, non par Carlos Ghosn bien sûr, mais par le patron de l’équipe de compétition.
Quels transferts en 2009 et 2010 ?
C’est une tradition à cette époque de l’année, les rumeurs courent. Depuis les signatures de Montoya et d’Alonso vers McLaren un an avant leurs transferts, elles dépassent même l’année qui suit pour se projeter à l’année a+2. Dans les entreprises, il importe de réfléchir à long terme. Et la F1 concentre des acteurs puissants du monde des affaires.
Les prospectives à long terme comportent cependant une part de risque. Certains facteurs évoluent de manière imprévue et influent sur les probabilité ou aspirations, ces dernières se révélant en outre divergentes en fonction des courants d’influence, tant parmi le public que composent des cibles visées par les sponsors et constructeurs que parmi les patrons d’équipes. Cela affaiblit la fiabilité des raisonnements à long terme. Sans compter qu’en quelques mois, la côte d’un pilote peut monter ou s’effondrer, comme le cours d’une action à la bourse.
Nico Rosberg illustra parfaitement ce propos la semaine dernière. "J'ai un contrat avec Williams pour la saison 2009 », confirma le pilote allemand aux journalistes du Sport Bild. « Mais la F1, c'est comme le football. Prenez l'exemple de Podolski qui a signé pour jouer avec le Bayern de Munich en 2009. Êtes-vous sûr que c'est bien dans cette équipe qu'il jouera l'année prochaine ? »
Plus tard dans le week-end, Nico affirma qu’il conduirait bien pour Williams en 2009. Véritable certitude ou volonté de couper court à la rumeur lancée par Willi Webber selon laquelle il irait chez McLaren-Mercedes tandis que Kovalainen reviendrait chez Renault ? Nico restera-t-il vraiment chez oncle Franck ou négocie-t-il, de concert avec son patron actuel, son transfert chez BMW Sauber qu’il n’a pas démenti lorsque la rumeur est née ? Ou affirme-t-il rester pour maintenir un climat serein chez Williams alors qu’il a déjà signé ailleurs ? La part de l’info et de l’intox sont dures à déceler en F1, sans compter le pur lobbying pratiqué sans vergogne et fort logiquement par les teams, les pilotes, leurs agents, leurs clubs de supporters, les journalistes et les sponsors.
Bien qu’elle ait donné lieu à peu de commentaires jusqu’à présent, la bombe du week-end allemand pourrait venir de la rencontre entre Antony Hamilton et Stefano Domenicateli. Le Times a publié une photo des deux hommes en discussion. Plusieurs commentateurs y voient les prémices d’une négociation. Les intéressés démentent toute discussion d’affaires comme il est d’usage…
Qu’en penser ? En F1, le temps est précieux, sur la piste comme à côté. On ne se rencontre pas uniquement pour s’inviter à déguster un thé anglais ou apprécier la saveur d’un expresso italien. What else ? Des projets d’avenir ? Il faudra patienter pour en savoir plus.
Lewis évoquait récemment un projet de carrière avec McLaren. Kimi et Felipe sont sous contrat avec Ferrari. Mais tout contrat comporte un terme. D’autre part, si on en croit un Jean-Louis Moncet souvent bien informé, Ron Dennis serait cette fois sur le départ de chez McLaren-Mercedes. Dans un tel contexte, Lewis, qui est son « produit », se verrait peut-être céder à l’Italie de la tentation.
Ferrai et Lewis, des monuments historiques
Le Times affirme "qu’il y a peu de monde en Formule 1 qui ne croit pas qu’Hamilton soit approché par Ferrari et qu’il ne finira pas par conduire pour le Team de Maranello."
Que Lewis intéresse Ferrari et qu’il s’intéresse à la Scuderia relève de la pure logique. Deux authentiques monuments de la F1, l’un institutionnel, l’autre en devenir, ne sauraient s’ignorer. Surdoué, doté d’un formidable charisme, Lewis deviendra une des stars les plus marquantes de l’histoire de la F1. Il rappelle une autre superstar, Ayrton Senna en personne. Il serait dommage que Magic Lewis et l’écurie la plus prestigieuse du plateau n’unissent pas leurs destins une année prochaine. Le fait qu’Antony Hamilton et l’actuel représentant de la Scuderia sur les circuits se rencontrent dans le paddock au vu et au sus de la presse et des autres teams ne saurait être considéré comme insignifiant.
A quel terme un rapprochement pourrait-il s’opérer ? Kimi a-t-il décidé de prendre sa retraite fin 2009 ? AUTOhebdo ne le croit pas et pense qu’il discute d’un futur contrat avec la Scuderia. Un duo Kimi – Lewis est-il impensable ? Ce serait la vraie dream-team du siècle, le rêve. Cher, très cher aussi. Mais qui sait si la Scuderia n’a pas une solution en réserve.. Il existe des secrets dans les affaires qui ne se révèlent qu’au tout dernier moment.
D’autres schémas sont imaginables, même ceux incluant Massa et laissant filer Kimi. Mais aussi un avenir passant par un renouvellement du contrat de Kimi puis une relève Lewis à la retraite du Finlandais. Peut-être Antony Hamilton et Stefano Domenicateli apprennent-ils à se connaître en vue de la négociation qu’ils entameront forcément un jour, que ce soit à échéance a+2, a+3 ou a+x (le petit x ne signifie pas 10 et n’a pas été tapé par erreur à la place d’un X, mais il indique que le nombre n’est pas encore connu).
En tout état de cause et quel que soient ses projets d’avenir, la Scuderia doit tout de même prendre garde à ne pas renouer avec sa mauvaise réputation, celle qu’elle traînait comme un boulet du vivant d’Enzo Ferrari, une furieuse tendance à ne pas considérer ses pilotes titulaires et à leur infliger des situations psychologiques insupportables, plus propices aux accidents qu’aux exploits. « Hitler et Mussolini, des enfants de cœur à côté d’Enzo Ferrari », commenta amèrement Olivier Gendebien. La phrase est terrible et mérite d’être nuancée, ramenée à de justes proportions. Elle traduit tout de même les blessures d’un homme qui s’est senti trahi par Ferrari.
Ces dernières années et surtout depuis l’arrivée de Jean Todt, Ferrari s’est construit une bien meilleure image, celle d’une écurie saine et propre malgré quelques « dérapages incontrôlés » de Michael Schumacher.
A dire vrai, Kimi semble pour l’heure tout à fait serein dans ses relations avec le team et il ne ressent pas de pression. Il considère avoir l’opportunité de poursuivre ou non avec Ferrari au-delà de 2009, c’est à dire qu’il sait être le premier choix de la Scuderia. Il serait franchement dommage qu’une hypothèque sur son avenir ou des rumeurs improbables viennent troubler sa sérénité.
La rencontre entre Stefano Domenicali et Antony Hamilton pourrait engendrer une autre conséquence, plomber définitivement l’éventualité d’une arrivée d’Alonso chez Ferrari en 2010 ou à une autre date. La Scuderia a-t-elle vraiment envie d’intégrer le pilote espagnol dans ses rangs ? Au regard des événements de 2007 et de la saison 2008, il faudrait qu’elle ait la mémoire bien courte et un sens de l’analyse sérieusement émoussé.
L’hypothèse d’un petit toro allié au cheval cabré est plébiscitée par les supporters de l’Ibère. La campagne de lobbying a été bien menée et, au plan technique, on ne peut que féliciter sincèrement ceux qui la conduisent et la soutiennent. Il est là-encore logique que les fans de l’Asturien espèrent le voir intégrer un top team après l’échec cuisant de son expérience McLaren et son incapacité à réagir chez Renault. La signature d’un contrat définitif avec la Scuderia se heurte cependant à plusieurs obstacles dirimants.
Les premiers sont liés à l’implication d’Alonso dans le Stepney Gate l’an dernier. Le Stepney Gate avec ses 780 pages d’informations dérobées à Ferrari représente l’équivalent en matière de sport automobile de ce que fut pour le monde politique l’affaire des Frégates de Taïwan avec ses 5 milliards de Francs de rétro-commissions et ses 9 cadavres. Du jamais vu auparavant, de la fraude à une échelle gigantesque et impensable.
Des considérations d’ordre juridique dans un texte consacré au sport automobile surprendront certains. Mais le monde du sport n’est pas une terre de non-droit. Lorsqu’une star de la pop ou un politicien de tout premier plan ont enfreint les règles, la presse commente leurs agissements, leurs conséquences et les risques encourus sans interdit. Il arrive même qu’elle s’interroge sur le bien fondé de décisions de justice clémentes. C’est le propre des états de droit qui accordent à chaque citoyen la liberté d’expression. Dans une société qui aspire à la transparence, il serait inique de couvrir une affaire embarrassante d’un voile pudique parce que leur auteur est une vedette ou qu’il est soutenu par des sympathisants actifs. De plus, l’analyse juridique éclaire souvent les situations d’une lumière nouvelle.
Le pilote espagnol ne réalisa sûrement pas la gravité de la qualification juridique des faits lorsqu’il adressa des fax prouvant qu’il exploitait avec Coughlan et De La Rosa des informations provenant du dossier transmis par Stepney ni lorsqu’il en suscita d’autres. Pas plus qu’il ne saisit toutes les conséquences de sa colère lorsqu’il menaça Ron Dennis de rapporter tout ce qu’il savait à la FIA, révélant par là-même sa parfaite connaissance de l’illégalité et de l’immoralité de l’espionnage en cause. L’ignorance préserve parfois du stress. Mais en l’espèce, une terrible épée de Damoclès reste suspendue au-dessus de sa tête. Elle ne disparaîtra que si les procédures pénales se trouvent toutes closes sans que les juges le convoquent à nouveau, ce qui me paraîtrait hallucinant s’ils remplissent correctement leur mission. Or, l’instruction pénale contre Stepney continue. L’accord d’impunité passé par l’Espagnol avec la FIA – que je pourrais si les commentaires y invitent comparer à des sanctions appliquées à d’autres pilotes de toutes disciplines pour des manquements aux règlements sportifs - ne le préserve pas contre la justice de droit commun. Certes, Alonso ne fut pas l’auteur principal des faits incriminés. Mais la connaissance du caractère litigieux des informations provenant de Ferrari, la participation consciente à leur exploitation et l’incitation à en communiquer d’autres constituent purement et simplement de la complicité et du recel d’infractions.
Le poids de cette menace s’appréciera au regard d’affaires judiciaires récentes, notamment celle ayant abouti au placement en détention provisoire d’un ancien salarié de Michelin en début d’année et celle impliquant actuellement un employé de Renault et un journaliste d’AUTO PLUS. Les magistrats ne badinent pas avec les affaires d’espionnage industriel. Leur instruction est parfois longue (souvent plusieurs années compte tenu de leur complexité), mais quand elles éclatent, elles font grand bruit dans les médias et exposent leurs acteurs à des sanctions d’une sévérité exemplaire. Je n’entre pas davantage dans le détail ici, mais je pourrais le faire si des commentaires l’exigeaient. Utiliser des informations dérobées à une entreprise, c’est très grave, beaucoup plus que ne le croient la plupart des personnes qui n’ont pas acquis de connaissances juridiques.

Comment Ferrari, victime des faits, pourrait-elle embaucher un pilote qui y a été impliqué sans être certaine que toutes les procédures pénales soient closes ? Sans compter l’effet sur ses supporters et sur ses clients. Car les acheteurs de Ferrari, compte tenu du prix élevé des modèles, sont généralement des responsables économiques fort sensibles aux affaires d’espionnage industriel et de concurrence déloyale. En outre, les difficultés relationnelles entre le pilote espagnol et ses patrons successifs ne sont certainement pas non plus du goût de l’acheteur traditionnel Ferrari.
Enfin, et c’est tout aussi important pour des employeurs et partenaires potentiels, 2008 ne fait pas d’Alonso l’élément indispensable d’une équipe, loin s’en faut. Sur la piste, le pilote espagnol commet régulièrement des erreurs. L’exaspération de Briatore était évidente quand Alonso, alors 10ème, partit en tête à queue devant les caméras de télévision qui diffusaient la scène dans le monde entier dimanche dernier. Son équipe se plaint de son manque d’implication. Après le Grand-Prix du Canada, un ingénieur du Team Renault lança un commentaire assassin. « Fernando ne pense qu’à Alonso. Au Canada, il n’a même pas assisté au débriefing d’après course ! » La réputation de metteur au point qu’il a habilement mise en scène du temps de son premier passage chez la marque au losange en s’appropriant l’entier mérite du travail des ingénieurs et de Michelin vole en éclats. Devant son impuissance à faire évoluer la R 28, la prétendue ½ seconde qu’il aurait apportée à McLaren l’an dernier apparaît désormais comme un vaste bluff. Il conviendra d’ailleurs de l’apprécier au regard des turpitudes rappelées ci-dessus qu’il n’hésita pas une demi seconde à exploiter avec Coughlan. Son esprit d’équipe reste inexistant. « Fernando Alonso ? » écrit Stéphane Samson du Parisien – Aujourd’hui en France au lendemain d’Hockenheim. « Vexé par une anonyme 11ème place finale, il a boudé les célébrations de son équipe. Ego et savoir-vivre ne font pas toujours bon ménage… »
Alonso va encore vite. Comme tous pilotes de F1… Ces garçons ont quelque chose en plus que le commun des mortels, l’Ibère comme les autres. Il sait encore communiquer avec ses ingénieurs, comme tous ses confrères qui ont quelques saisons de F1 dans les roues. Grâce à Flavio Briatore, le pilote Renault s’est trouvé au bon endroit au bon moment en 2005 et 2006, protégé qui plus est de toute concurrence interne. Un avantage dont il sut tirer un grand profit en terme de projection d’image mais qui s’est retourné contre lui ensuite parce qu’il s’est bercé d’illusions sur la rudesse de la compétition face à un équipier rival comme à des concurrents bien armés. L’Ibère avait oublié qu’il n’y a pas une seconde de différence au tour entre les pilotes de F1 et que sans une voiture dominatrice, il marquerait le pas. Or l’humilité ne nuit pas à la grandeur. Au contraire, elle aide à progresser ou au moins à se maintenir à son niveau. Et ce qu’il montre en 2008 n’est pas de nature à faire passer les top teams, à commencer par Ferrari, sous ses fourches caudines ni celles de ses fans, pas plus qu’à décrocher des ponts d’or auprès de partenaires financiers extra-sportifs.
Il conserve encore une pasionaria dans le quotidien sportif français, je veux parler de la journaliste qui met sa plume à son service. Mais il ne reçoit plus le soutien inconditionnel de la presse de son pays. FANATIC F1 l’a fidèlement rapporté :
http://www.fanaticf1.com/formule1/7132-FanaticF1-Le-360o-du-21-07-2008.html
Il faut dire que l’Espagne s’est trouvé un nouveau Roi du sport, Rafael Nadal, vainqueur non seulement à Roland Garros mais aussi à Wimbledon cette année. Rafa a pris une nouvelle dimension. Il possède une image claire et toutes les qualités pour devenir le héros d’un peuple. Ses résultats sont brillants. Il est sympathique, attachant, affiche un sourire ravageur et respecte ses adversaires comme ses fans. Tout ce qu’il faut pour confirmer non seulement sa position de sportif préféré de ses compatriotes, mais aussi pour accéder au statut de superstar pour ne pas dire le nouveau Dieu vivant en Espagne, voire au-delà.. Avec tout ce que ça comporte comme intérêts pour les plus grosses firmes de son pays. Elles vont se battre pour afficher des partenariats avec Rafa quel qu’en soit le prix.
La F1, c’est comme la politique
La concurrence en F1 devient de plus en plus serrée. Dans ce contexte, Alonso réagirait raisonnablement et intelligemment en saisissant l’opportunité Honda. Si l’image qu’il a projetée à l’époque de son premier passage chez Renault lui permet toujours de décrocher un contrat rémunérateur, il serait sincèrement dommage qu’il n’en profite pas encore un peu. Damon Hill et Jacques Villeneuve aussi surent légitimement monnayer leurs titres. Le recrutement d’un champion du monde aidera le département compétition du constructeur japonais à décrocher un budget conséquent auprès de sa firme. Afficher qu’on dépense beaucoup envoie en outre une image de toute puissance face à la concurrence. Tout le monde y retrouvera son compte à court terme, sauf Jenson et Rubens hélas. Ils feront tous les deux les frais de l’opération dans la mesure où l’Espagnol n’acceptera jamais un pilote talentueux et normalement servi à ses côtés. S’il va chez Honda, la seconde monoplace sera vraisemblablement ce que Prost appelait une « voiture morte » lorsque Mugen-Honda lui imposa le gentil Nakano comme équipier d’Olivier Panis en 1997. Notons au passage que la proposition de Ross Brawn tend à démontrer que l’ancien membre du staff de la Scuderia ne croit pas à l’arrivée de l’Espagnol chez les Rouges.
Sans doute ces développements me vaudront-ils quelques objections bien qu’ils soient étayés par des éléments probants et que j’en garde quelques autres en réserve – y compris des anecdotes divertissantes - pour des réponses à d’éventuels commentaires critiques. Que nul ne s’y trompe pas. Le sens de mes propos n’est pas d’appuyer sur la tête d’un pilote en difficulté, mais plutôt de défendre le professionnalisme, le talent et l’intérêt que beaucoup d’autres, très méritants, présentent pour les meilleurs teams. Car je reconnais trouver souvent désagréable d’entendre ou de lire – pas partout et de moins en moins heureusement – des commentaires mettant le pilote espagnol sur un piédestal par rapport à ses confrères qui ne seraient grosso modo que des bricoleurs du pilotage, des apprentis ou des touristes. Or, si Alonso pilote vraiment vite, c’est également le cas de plus de la moitié des pilotes du plateau. Cette année, il fait sans doute son boulot; mais pas plus que les autres non plus, voire plutôt moins que les meilleurs. A titre d’exemple, Vettel me paraît bien plus époustouflant avec sa modeste Toro Rosso que l’Asturien au sein d’un team qui dispose tout de même de très gros moyens. Si quelqu’un méritait de succéder à un des pilotes Ferrari actuels, ce serait bien Sebastian. Et je ne suis pas seul à partager l’analyse selon laquelle la F1, ses transferts, la prestigieuse Scuderia Ferrari et les autres teams ambitieux ne s’organisent pas autour des aspirations d’un seul individu. Les Lewis, Kimi, Robert, Nico, Heikki, Sebastian et Sébastien, Jenson, Jarno, Nelsinho, Mark et autres possèdent les arguments réels, au-delà de la projection d’une image, qui en font désormais des pièces au moins aussi importantes que leur confrère asturien sur l’échiquier de la discipline reine.
Que se passera-t-il en 2009, 2010 et au-delà ? Pilotes, agents, sponsors, supporters, et lobbyistes vont affûter et développer leurs arguments. Convaincre les meilleurs teams, c’est un peu comme une campagne électorale en fait. Il y a peu de votants mais il faut vendre la conviction qu’un candidat à un volant sera meilleur que les autres s’il conquiert non un siège ou un fauteuil, mais un baquet . Il faudra encore patienter pour savoir quels arguments auront prévalu et emporté les suffrages des patrons de teams.
Hockenheim aura en tout cas apporté quelques interrogations et des éléments d’appréciation de la situation des teams et des pilotes, le Grand-Prix ne nous a par contre rien appris de tangible sur l’avenir de Sébastien Bourdais. Le Français a pourtant accompli une belle course. Puissent Red Bull le soutenir et Toro Rosso prolonger son contrat pour 2009 ! Ça semble acquis depuis aujourd’hui. Tant mieux !

Commentaires
1. Le vendredi 25 juillet 2008 à 22:10, par Taddéi
2. Le vendredi 25 juillet 2008 à 22:14, par Taddéi
3. Le vendredi 25 juillet 2008 à 23:26, par jean
4. Le vendredi 25 juillet 2008 à 23:52, par Taddéi
5. Le samedi 26 juillet 2008 à 03:22, par Norbert
6. Le samedi 26 juillet 2008 à 08:59, par Fanaf1
7. Le samedi 26 juillet 2008 à 18:29, par schumigirl1956
8. Le dimanche 27 juillet 2008 à 12:19, par Big'
9. Le dimanche 27 juillet 2008 à 20:45, par Riad
10. Le dimanche 27 juillet 2008 à 20:51, par Riad
11. Le dimanche 27 juillet 2008 à 21:43, par DayDay
12. Le dimanche 27 juillet 2008 à 23:10, par Taddéi
13. Le dimanche 27 juillet 2008 à 23:27, par claude
14. Le lundi 28 juillet 2008 à 14:18, par Norbert Billaud
15. Le mardi 29 juillet 2008 à 12:32, par Thierry
16. Le jeudi 7 août 2008 à 13:05, par Dominic
17. Le samedi 9 août 2008 à 13:23, par Mikaine
18. Le samedi 9 août 2008 à 13:28, par Casimirus
19. Le samedi 9 août 2008 à 14:28, par Caroline
20. Le dimanche 10 août 2008 à 15:59, par Chris
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