Par Thierry Le Bras

Comme les diamants, la F1 est éternelle. Et les joyaux qu’elle expose, pilotes d’exception, monoplaces performantes, brillent de tous leurs feux sur les circuits qui la mettent en valeur.

Hockenheim, je l’avoue, fait partie des circuits que j’apprécie particulièrement. Pas tant par son tracé que par l’atmosphère incroyable qui règne dans le stadium. J’ai eu le plaisir de m’y rendre plusieurs fois. Pas en 1978 ni cette année pourtant, mais les rugissements des moteurs résonnant dans le stadium procurent une véritable émotion. En plus, le stadium offre un superbe spectacle sur plusieurs virages ce qui n’est pas le cas sur tous les circuits.

En 1978, la plupart des animateurs du championnat actuel n’étaient pas encore nés. C’est simple, tous les moins de 30 ans – et ils sont majoritaires sur le plateau - n’avaient pas vu le jour ! Quant aux vétérans d’aujourd’hui, les David Coulthard, Rubens Barrichello, Giancarlo Fisichella, s’ils faisaient vrooaaarrrrr, c’était en jouant aux petites voitures. Aucun d’eux n’avait plus de 7 ans.

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Certains noms de pilotes contemporains se trouvent déjà sur la grille de départ 1978. Cette année-là, un certain Rosberg pilote une Wolf. Il se prénomme Keke. Un Nelson Piquet fait partie du Team Ensign. L’un et l’autre feront de grandes carrières et accèderont au titre suprême. Ils ignorent encore qu’ils concevront dans un futur assez proche des garçons qu’ils soutiendront et guideront 30 ans plus tard dans leur carrière au plus haut niveau. Puissent Nico et Nelsinho rejoindre leurs pères sur la liste des Champions du monde de Formule 1 ! Lorsque ça arrivera, il est probable que Keke et Nelson Sr seront encore plus fiers et plus heureux que lorsqu’ils fêtaient leurs propres titres.

Dream Team Lotus

Comme toutes les écuries, Lotus a connu des hauts et des bas. Beaucoup de hauts, mais aussi quelques périodes comme l’année 1975 où rien ne tournait rond.

Mais en 1978, la Lotus 79 à effet de sol s’affirme une arme d’une redoutable efficacité. L’audace de Colin Chapman va encore payer. Et pour mener cette petite merveille sur les plus hautes marches des podiums, le patron des Noir et Or s’assure les services de deux pilotes au top niveau, les hommes qu’il faut aux places qu’il faut, Mario Andretti et Ronnie Peterson.

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Colin Chapman met en place une organisation qui devrait donner à réfléchir à Stefano Domenicali cette année. Chaque pilote reçoit sa feuille de route. Pas d’ambiguïté. « J’avais un contrat de premier pilote », déclare Andretti. "Cela signifie que si nos deux voitures se trouvaient en tête sans problème, c’était moi qui devais gagner. Ronnie avait accepté cette situation et il s’était engagé sur l’honneur à respecter ce contrat. »

Andretti s’impose dès le premier Grand-Prix à Buenos Aires. Peterson triomphe sur le circuit de Kyalami. Puis Peterson gagne en Belgique. Les deux pilotes Lotus réalisent le doublé dans l’ordre contractuel en Espagne et au Paul Ricard.

Les courses ne se résument toutefois pas à une parade Lotus. Carlos Reuteman sur sa Ferrari et Niki Lauda sur Brabham donnent une belle réplique à l’équipe de Colin Chapman. Sans oublier l’exploit de Patrick Depailler, vainqueur à Monaco au volant d’une Tyrell bien inférieure aux meilleures monoplaces.

En 1978, la piste d’Hockenheim développe 6,789 kilomètres contre 4,574 aujourd’hui. La différence ? En simplifiant un peu, je dirai deux longues lignes droites dans la forêt qui ont été coupées. Ces modifications ont entraîné des conséquences en matière de choix aérodynamiques. Sur l’ancien tracé, il était tentant de privilégier la vitesse de pointe en supprimant de l’appui, quitte à souffrir dans le stadium. Désormais, le compromis est différent compte tenu du raccourcissement des lignes droites. Précisons que le nouveau dessin de la piste va dans le sens de la sécurité des pilotes et que les vitesse de pointe proches de 350 km/heure atteintes sur l’ancien tracé leur faisaient courir des risques inutiles.

En 1978, le leader du championnat, Mario Andretti, remporte une nouvelle victoire. Un problème de boite de vitesses contraint Ronnie Peterson à l’abandon, privant Lotus du doublé. Jody Schekter (Wolf) monte sur la seconde marche du podium devant un formidable Jacques Laffite (Ligier) et un ancien double champion du monde qui a monté sa propre écurie, Emerson Fittipaldi (Copersucar).

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Grand supporter de Didier Pironi, je me souviens très bien m’être régalé devant mon petit écran cet après-midi du 30 juillet 1978. Didier disputait alors sa première saison de F1 chez Tyrell. Il avait choisi de partir avec très peu d’appui. Cela lui permettait d’atteindre une vitesse de pointe intéressante sur ce tracé. Mais une fois dans le stadium, il roulait sur des œufs. Il inscrivait sa monoplace dans de magnifiques dérapages des quatre roues contrôlés grâce à de généreux contre-braquages, un peu comme en Coupe Gorde du temps des R8 G. Un spectacle à couper le souffle et un sans faute de mon pilote préféré qui s’adjugea les points de la cinquième place.

Contrastes

Lorsque je repense à cette année 1978, des souvenirs contrastés me reviennent en mémoire.

Pour moi, c’était l’année des obligations militaires. J’étais entré à l’armée le 1er octobre 1977 et j’en sortirais le 30 septembre 1978. Je me suis trouvé dans un quartier sympa (l’ESEAT à Cesson Sévigné) et j’ai passé une année plutôt agréable. Je m’y suis fait de bons copains, y compris parmi les engagés. Par contre, je venais de terminer ma maîtrise de droit des affaires et j’avais hâte de poursuivre un DEA et d’entrer dans la vie active au sein d’un cabinet de conseillers juridiques ou d’avocats. Une formation et une première carrière qui me prépareraient plus tard, lorsque je choisirais de mettre mon énergie et mon expérience au service de la communication, à considérer la défense d’image à l’instar d’un combat judiciaire pour faire prévaloir sa vérité. D’où sans doute mon grand intérêt pour les méthodes des spin doktors américains. Donc, malgré les copains, les soirées de fêtes et l’ambiance agréable au service, j’avais vraiment hâte de passer à autre chose.

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De mauvais souvenirs personnels restent par ailleurs attachés à cette période.

Une grosse sortie de route en course de côte (4 tonneaux terminés dans un contre-bas, l’apprentissage soudain de ce que ressent un pilote groggy bloqué dans sa voiture quand il a peur qu’elle prenne feu, l’envie immédiatement après de reprendre la course au plus vite, beaucoup de travail sur la voiture de telle sorte que la nouvelle caisse ne serait prête qu’au tout début 1979).

Ce fut aussi l’année où mon pauvre père tomba sous le joug d’une créature à peu près inculte et au QI à l’état de projet, une femme aussi cupide que peu attentionnée à son égard. Un souvenir cruel dans la mesure où je constaterais par la suite que jusqu’à son lit de mort, il souffrirait de ne jamais recevoir une miette d’affection de celle qu’il choyait en se sacrifiant.

J’allais oublier trois semaines de retrait de permis à cause d’un radar trop bien caché ! Un excès de vitesse qui coûterait encore beaucoup plus cher aujourd’hui…

Sur le plan de la course automobile en général, thème plus intéressant pour le lecteur, l’année 1978 apporte son lot de bons et de mauvais souvenirs. Parmi les bons, je citerai les exploits de Jean Ragnotti et Guy Fréquelin au Monte-Carlo. Les duettistes de chez Renault réalisent l’exploit sur la neige en amenant leurs petites R5 Alpine Groupe 2 de moins de 1600 cm3 sur le podium derrière la Porsche privée (préparée par Almeras) de Jean-Pierre Nicolas. Je n’omettrai pas non plus la victoire au Mans de Didier Pironi que j’ai déjà racontée ici.

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Mais 1978, c’est aussi la mort de Ronnie Peterson à Monza. Ronnie était un seigneur. Il avait probablement décidé de quitter Lotus en 1979 pour intégrer McLaren. Mais il ne trahirait pas son team pour autant. « J’ai donné ma parole et je tiendrai mes engagements », garantissait-il. « Mario mérite de remporter le titre car il m’a largement devancé depuis le début de saison ». Ronnie était décidément aussi rapide que loyal.

La vie est injuste et les monoplaces des seventies très dangereuses. A Monza, tout va mal pour Ronnie. Moins bien placé que d’habitude sur la grille, il doit en outre partir avec le mulet parce qu’une défaillance des freins de sa voiture de course l’a envoyé hors de la piste aux essais du dimanche matin. Le départ aussi se passe mal. La Lotus se trouve prise dans un carambolage et prend feu. Le lundi matin, Ronnie Peterson s’éteindra à l’hôpital. Ronnie Peterson fait partie des champions que les amateurs de sport automobile n’oublieront jamais.

Pour tous ceux qui l’apprécient et qui ne connaîtraient pas encore l’info diffusée en son temps sur FANATIC F1, je rappelle l’ouverture cette année en Suède d’un Musée consacré à cet immense pilote :
http://www.ronniepetersonmuseum.com/

Le monde évolue en permanence. En 1978, un vent de liberté souffle sur notre société. Y compris dans le monde du sport. De nouveaux concepts hantent les esprits. Le rallye-raid Paris-Dakar et la Route du Rhum voient successivement le jours à quelques mois d’intervalle. Leurs promoteurs apportent une part de rêve à un public avide d’émotions nouvelles. Ces événements généreront à leur tour leur part de joies et de souffrances.