BMW Motorsport naquit en 1972 et se consacra d’abord à la préparation de machines destinées aux championnats de Formule 2 et de voitures de tourisme. La filiale sportive du constructeur munichois remporta de nombreux triomphes dans ces disciplines.

Puis 1978 symbolise une seconde naissance pour BMW Motorsport qui négocia avec brio un virage audacieux en mettant son talent, son savoir-faire spécifique et sa technologie au service de la fabrication d’une voiture de série. La fabuleuse M1 vit donc le jour. Cette GT à moteur central n’allait pas tarder à connaître la gloire en compétition. Durant deux saisons, son destin croiserait même la voie impériale du Championnat du monde de Formule 1.

La carrosserie dessinée par Giorgetto Giugiaro faisait rougir d’envie les amateurs de belles italiennes. Le moteur 3,5 litres V6 24 soupapes développait 277 chevaux de série. La version groupe 4 gagnait près de 200 chevaux et quelques monstres développés en groupe 5 autour de moteurs turbocompressés atteindraient les 1000 chevaux.

Des pilotes prestigieux mettraient leur talent à son service.

1980, Didier Pironi court au Mans sur une M1 !

Il pilote en F1 pour Guy Ligier. Didier vient de remporter le Grand-Prix de Belgique et de réaliser la pole à Monaco.

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Il a signé le 3 avril précédent avec BMW France un contrat aux termes duquel il participera aux 24 Heures du Mans au volant d’une M1. La convention ne comporte que cinq pages. Sa simplicité ferait frôler l’infarctus aux avocats qui conseillent aujourd’hui les vedettes de la F1. Mais Didier Pironi est un homme de parole. Il l’a démontré en refusant des offres plus alléchantes que celle de Guy Ligier car il se considérait engagé avec le patron du team français alors même que la contrat n’était pas encore finalisé. Il existe des hommes dont la signature vaut encore moins que la parole et d’autres dont la parole vaut n’importe quelle signature. Didier fait partie de la seconde catégorie. Les conditions de sa participation aux 24 Heures sont très raisonnables. Et comme BMW symbolise le sérieux et la loyauté, l’accord se conclut de bonne foi de part et d’autre sans arguties juridiques.

Le pilote s’engage à certaines obligations concernant l’utilisation de son image et sa participation à des opérations de promotion et de communication. Outre Le Mans, il disputera les 6 Heures de Mugello au volant de la M1. Il utilisera bientôt une BMW 635 CSI comme voiture de tourisme.

La superbe M1 de BMW France ne vise pas la victoire au scratch. Engagée en catégorie IMSA, elle reste encore très proche de la version groupe 4 et ne saurait rivaliser en performance pure avec les monstrueuses Porsche 935 K3. Didier offrira cependant un superbe spectacle au public. Cinquième aux premiers essais sous la pluie le mercredi soir, la M1 numéro 83 se classera finalement 14ème au terme d’une course perturbée par quelques soucis mécaniques, une sortie de route d’un des équipiers de Didier, et un moteur qui ne tournait plus que sur 5 cylindres.

La M1 entre les mains des rois de la F1

En 1979 et en 1980, un peloton de BMW M1 développées dans la version groupe 4 anime les veilles de Grands-Prix. Le samedi après-midi, ces bolides rugissent sur l’asphalte des circuits européens qui accueillent la discipline reine.

A l’origine de cette formule, Jochen Neerpasch, le patron de BMW Motorsport. Il voit dans ce concept un moyen de favoriser les ventes du nombre d’exemplaires nécessaires à l’homologation de la M1 en groupe 4. Bernie Ecclestone et Max Mosley accueillent favorablement le projet. Les superbes GT aux mains de pilotes de premier plan raviront le public et contribueront à le garder sur le site après les essais F1.

BMW Motorsport engagera cinq voitures qui seront confiées aux pilotes de F1 ayant réalisé les cinq meilleurs temps des essais du vendredi.

La course disputée avant le Grand-Prix d’Hockenheim 1980 me laisse une souvenir inoubliable, celui d’une grande joie, celle de la victoire de Didier Pironi, mon pilote préféré, mais aussi celle d’une petite frayeur. J’y assiste dans la tribune en face des stands.

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A la fin du premier tour, Didier et un pilote allemand se présentent portière contre portière à l’entrée du stadium. Les deux voitures ne passeront pas. Le public se lève et hurle ses encouragements qui vont en majorité au pilote germanique. Les Français sont minoritaires sur le site. Même en criant très fort, on ne nous entend pas beaucoup. D’ailleurs, à la place que j’occupe, je suis entouré d’Allemands et je me sens un peu isolé.

« En Allemagne, l’ambiance m’a beaucoup surprise la première fois", me confiera Anne Panis 20 ans plus tard. "Par moment, le spectacle est dans les tribunes. Des paddocks, on entend le bruit de la foule, les gens qui crient, qui font la vague, qui lancent des pétards, qui font la fête. C’est presque angoissant. Il faut se trouver sur place pour le ressentir. La télévision ne peut pas traduire cette atmosphère. »

Sur la piste cet après-midi d’août 1980, les deux BMW M1 se touchent. Celle de Didier reste sur la piste et poursuit sa course en tête. Celle de l’Allemand part faire une incursion dans l’herbe et revient sur le bitume après avoir perdu plusieurs places. Je hurle ma joie tandis que mes voisins manifestent bruyamment leur mécontentement. Quelques visages rouges de colère se tournent vers moi. Je juge prudent de ne provoquer personne. D’ailleurs, la M1 de Didier va bientôt arriver à mon niveau et je compte bien la photographier. Je m’absorbe dans mon cadrage en me désintéressant des voisins. Une fraction de seconde, je me dis que mes trois années de judo à l’époque du lycée et les séances de pushing-ball que je pratique régulièrement dans mon garage pour me défouler ne serviront pas à grand chose s’ils me tombent tous dessus. Ils crient des injures à l’égard de Didier qui, même s’il se rend compte de l’hostilité d’une partie du public, n’en a cure. Mes voisins m’oublient. Ouf !!! leur colère se calme au fil des passages. Lorsque Didier Pironi franchit la ligne en vainqueur, je me lève et j’applaudis. D’autres spectateurs dans tout le stadium aussi. Sans doute existe-t-il quelques Allemands parmi eux. La fête continuera sans incident. Une fois de plus, la rude bataille des M 1 aura emballé le public.

La fête va d’ailleurs renaître au prochain Grand-Prix d’Allemagne dans quelques jours. BMW va y faire renaître le temps d’une course l’atmosphère des BMW M1 Procar Series. Les voitures remises sur la piste sont d’authentiques M 1 d’époque. Parmi les pilotes figurent les noms de Jacques Laffite, Dieter Quester, Christian Danner, Harald Grohs, et même Jochen Neerpasch. Du beau spectacle en perspective !

1984, la M 1 dévore les routes de rallye

Les organisateurs s’étaient montrés convaincants avec les pilotes. Cent soixante équipages répondaient présents à leur appel. Parmi eux figuraient les principaux animateurs du Championnat de France, dont Bernard Béguin sur BMW M 1, Jean-Claude Andruet sur Lancia 037, Jacques Pantiaticci (Alfa GTV 6), Alain Serpaggi (R 5 Turbo), sans oublier Christian Rio, Jean-Louis Ravenel, Segolen et Patricia Bertapelle(tous sur Visa), ni Marcel Grué (R 5 Turbo). Un jeune débutant se faisait remarquer par son sens de l’attaque au volant d’une 205 GTI. Personne ne le connaissait encore. Il s’appelait François Delecour.

La BMW M1 de Bernard Béguin se montrera-t-elle à son aise sur les routes de campagne ? Les M 1 affichent très vite leur formidable potentiel en circuit et en course de côte. Mais quelle équipe osera le pari de faire rouler une telle voiture en rallye ? Hugues de Chaunac, le patron d’Oreca et Bernard Béguin tentent l’aventure.

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La BMW M1 se lance à l’assaut du Championnat de France des rallyes. J’ai assisté à une de ses joutes routières au Rallye de La Baule 1984. L’épreuve ne comptait pas pour le championnat mais les organisateurs s’étaient montrés convaincants avec les teams. Cent soixante équipages répondaient présents à leur appel. Parmi eux figuraient les principaux animateurs du Championnat de France, dont Bernard Béguin sur BMW M 1, Jean-Claude Andruet sur Lancia 037, Jacques Pantiaticci (Alfa GTV 6), Alain Serpaggi (R 5 Turbo), sans oublier Christian Rio, Jean-Louis Ravenel, Segolen et Patricia Bertapelle (tous sur Visa), ni Marcel Grué (R 5 Turbo). Un jeune débutant se faisait remarquer par son sens de l’attaque au volant d’une 205 GTI. Personne ne le connaissait encore. Il s’appelait François Delecour.

Quelques jours avant le départ, une crainte s’empare de Bruno Le Bedel, membre du comité d’organisation. La spéciale de Saint-Jacut comprenait un passage très étroit entre des murs de ferme. La M 1, plus large que les autres voitures, passerait-elle sans dommages ?

« J’ai téléphoné chez Oreca pour m’en assurer", se souvient Bruno. "Ça ne passait pas. Il manquait deux centimètres. On a modifié le parcours de la spéciale en évitant ce passage. »

La 037, belle italienne conçue pour le rallye allait-elle dominer la M1, magistrale allemande échappée des circuits ? Une météo menaçante se réservait un rôle d’arbitre dans ce match où la Lancia recueillait la faveur de nombreux pronostiqueurs.

Pourtant, ce fut l’Allemande qui prit l’avantage dès les premiers kilomètres. « J’ai des problèmes au niveau de la suspension », soupirait Andruet. « C’est celle que nous avions en Corse. Elle est bien trop souple pour ici. J’étais en sous-virage sans arrêt. Des problèmes aussi du côté des compresseurs. Et pour tout arranger, la boite de vitesses s’est bloquée à un moment. »

Le dimanche matin, des averses soudaines rendirent la route très glissante. Andruet retrouva une voiture adaptée au terrain et reprit 25 secondes à son rival. Le rallye allait-il basculer ? La réponse tomba dès le chrono suivant. Le moteur de la grosse BM rugissait avec la rage d’un fauve déterminé à dévorer sa proie.. La voiture sortait des virages serrés en dérive des quatre roues et repartait comme une fusée dès qu’elle retrouvait un peu d’adhérence. Béguin ne concéda plus rien à Andruet. Il termina la course avec une minute sept secondes d’avance sur son dauphin.

« Je me suis juste un peu endormi au milieu du rallye », commente le vainqueur. « Quand j’ai senti le danger, je suis reparti. »

Sur route comme sur piste, la M1 affichait son appartenance à la race des vainqueurs.

Bien sûr, le temps a passé. A part la course disputée en prologue du Grand-Prix d’Allemagne 2008, les M 1 n’apparaissent plus que dans des épreuves de VHC. Mais elles conquièrent encore des pilotes prestigieux. En juillet 2006, l’une d’elles était pilotée par David Hallyday. Cette année, le Premier Ministre, Monsieur François Fillon, qui est non seulement un homme politique important mais aussi un excellent pilote, devrait piloter un de ces prestigieux modèles.