Par Thierry Le Bras

C’était il y a trente ans déjà. Début 1978, Didier Pironi court son premier Grand-Prix chez Tyrell. Il sait qu’il lui reste du chemin à parcourir avant de se battre pour les victoires et le titre. Mais le jeune prodige apprend vite. Dès sa deuxième course dans la discipline reine au Brésil, il marque son premier point. Après un abandon à Long Beach (allumage), Didier arrive plein d’espoir à Monaco. Il se classe cinquième au Grand Prix le plus prestigieux de la saison. Une sixième place en Belgique confirme sa régularité aux places d’honneur.

Un nouveau challenge l’attend, les 24 Heures du Mans au volant d’un proto Renault capable de se battre pour la victoire.

Didier a déjà l’expérience du Mans

Ce sera la troisième fois qu’il participe à l’épreuve qu’il a découverte deux ans plus tôt au volant de la Porsche 934 dont il partageait le volant avec Bob Wollek et Marie-Claude Beaumont.

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En 1977, Didier a pris le départ à bord d’un proto Alpine A 442 préparé par Oreca. Il faisait équipe avec René Arnoux et Guy Fréquelin. Il a réalisé le meilleur temps de la première séance d’essais le mercredi soir avec cette voiture qui a servi de laboratoire à l’équipe Renault. Parti de la troisième ligne, Didier nourrit de légitimes espoirs. ¨Pas longtemps, hélas.

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Lorsqu’il lance un regard vers ses panneauteur à Mulsanne, c’est pour découvrir une nouvelle terrible. Sa voiture est en feu. Le pilote a juste le temps de la garer dans l’herbe et de s’en extraire précipitamment avant que les flammes ne détruisent le superbe proto Renault aux couleurs Bendix. Petites causes, grands effets. C’est une simple durite desserrée qui a mis le feu au moteur dans les Hunaudières.

Le Mans le révèle au grand public

Didier a envie de revanche. En juin 1978, il fait équipe avec Jean-Pierre Jaussaud, un papy de 41 ans qui fait de la résistance acharnée. Leur voiture est équipée d’une bulle aérodynamique qui procure un léger avantage de vitesse de pointe mais qui engendre une conséquence désagréable. Le soleil qui tape sur le plexiglas transforme l’habitacle en étuve, d’autant que cette édition des 24 Heures va se courir sous un soleil de plomb.

Jean-Pierre et Didier adoptent un rythme défini. Didier roulera en 3’35’’ au tour, et Jean-Pierre en 3’38’’. Bob Wollek, équipier de Didier deux plus tôt sur la 934, pilote cette année un proto 936. Lui aussi roule dans un rythme censé l’amener dans le peloton de tête lors des dernières heures de course. Mais un pignon de boite en décidera autrement. La Porsche restera trop longtemps arrêtée au stand pour conserver des espoirs de victoire.

Après 18 heures de course, l’Alpine A 442 B N° 2 de Didier Pironi et Jean-Pierre Jaussaud occupe la seconde place derrière l’A 443 de Patrick Depailler et Jean-Pierre Jabouille. A 10 heures 07, la voiture sœur abandonne. Didier et Jean-Pierre prennent la tête des 24 Heures du Mans. Ils comptent désormais 8 tours d’avance sur la Porsche de Ickx-Wollek.

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Mais au Mans, tout peut arriver. Tous les pilotes le savent. En outre, il fait chaud, très chaud. Jean-Pierre Jaussaud a confié à Martine Camus ses souvenirs de cette fin de course. « Didier ne mangeait pas, ou fort peu. Par contre, il avalait des litres d’eau. Lorsque je suis monté - ou plutôt descendu – dans la voiture, j’ai eu l’impression de glisser dans une baignoire tellement le siège était trempé ! Quant au volant, preuve que le garçon était costaud et qu’il y allait fort, la forme des doigts était incrustée dans le cuir… » Jean-Pierre Jaussaud craint que la boite, qui craque, ne lâche avant l’arrivée. Il souffre beaucoup de la chaleur et n’a pas envie de remonter dans la voiture. Il demande à Gérard Larrousse d’appeler Didier par radio et de lui demander si les vitesses craquent lorsqu’il les passe et s’il se sent assez en forme pour garder le volant et le remplacer pour le dernier relais. Didier affirme que la boite ne craque pas. Et il est d’accord pour garder le volant. A 16 heures, il reçoit la récompense de ses efforts surhumains dans le cockpit surchauffé de l’A 442 B. « Chaque fois que je descendais de voiture, j’allais manger », se souvient Jean-Pierre Jaussaud. « Un repas complet, arrosé éventuellement d’un verre de vin. J’ai malgré tout perdu 3 kg dans cette course. Pour dire à quel point ça pompait toute l’énergie. Didier, qui était mort à l’arrivée, avait fondu de 7 kg ! Incroyable ».

Didier Pironi titube lorsqu’il s’extrait de l’enfer du cockpit de l’Alpine. Il s’évanouit une première fois, et fera un deuxième malaise sur le podium pendant la Marseillaise célébrant la victoire de l’équipe française. Qu’importe, Didier a remporté les 24 Heures du Mans. Il s’est révélé comme un champion au grand public. Désormais, toute le monde connaît son nom et l’associe à une grande victoire.

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Bain de foule et foule de conséquences

Le lendemain, les vainqueurs descendent les Champs-Élysées à bord de la voiture qu’ils ont menée à la victoire. Un parcours qu’ils finiront en remorque, car le moteur chauffe. Quant à Didier, une fois cette dernière cérémonie terminée, il va rendre son permis de conduire dont un radar trop bien caché le prive pour quelques jours.

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Puis il rentre à l’hôpital. Les conditions de course infernales dans l’habitacle surchauffé ont laissé des séquelles. Il en ressortira en pleine forme quelques jours plus tard, prêt à en découdre à nouveau dans le peloton de la Formule 1.

En 1979, Porsche lui offre de piloter une 936 aux 24 Heures du Mans en compagnie de Jacky Ickx. Une superbe chance de briller à nouveau sur la piste mancelle. Mais Ken Tyrell oppose son veto. Ce sera une grande déception pour Didier. Sans doute Oncle Ken n’a-t-il pas agi par malignité, d’autant qu’il entretenait une relation forte avec son pilote. Mais le patron de l’Écurie Tyrell se souvient de l’énergie dépensée par Didier l’année précédente et de son séjour à l’hôpital. Il ne veut prendre aucun risque susceptible de compromettre sa participation dans les meilleures conditions au Grand-Prix de France, quinze jours après l’épreuve d’endurance mancelle.

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Didier Pironi reviendra encore une fois au Mans, en 1980, une participation que je vous raconterai bientôt…

Vous voulez en savoir plus sur Didier ? Rendez-vous sur FANATIC F1 où nous lui avons consacré une série d’articles
http://www.fanaticf1.com/formule1/+-D-Pironi-+.html

N’hésitez pas non plus entre deux visites sur FANATIC F1 à cliquer sur « Didier Pironi, le petit prince de la vitesse », le site de Jan Möller, très intéressant, très complet, très bien illustré :
http://www.didierpironi.net/index2.htm

Jan est aussi l’auteur de “Didier, Dreams and Nightmares”, un livre publié aux Éditions Mercian (cet ouvrage est écrit en langue anglaise – il est disponible en France à la Librairie du Palmier)