José Carron vient de mettre en ligne un texte fort intéressant sur la position de Bernie Ecclestone dans ce qu’il convient d’appeler « l’affaire Moseley »

http://www.fanaticf1.com/formule1/6885-Bernie-Ecclestone-entr-ouvre-la.html

En rédigeant le commentaire que je souhaitais poster sur son blog, je me suis rendu compte que, d’une part, mon texte était un peu long pour un commentaire, et que ,d’autre part, j’aborde un aspect différent du problème Mosley, d’où mon choix de mettre ce commentaire en ligne sur Récits de course.

Mosley est un ancien avocat et il a compris qu’en matière de stratégie, la meilleure défense était l’attaque.

Il tente donc de détourner l’attention du public, de son milieu professionnel et de la FIA en focalisant l’attention sur le piège dans lequel il est tombé. Après quelques semaines durant lesquelles il espère que tout le monde aura oublié la gravité des faits, il se plaint d’une violation de sa vie privée et d’actes diffamatoires. Tel est le sens du dépôt de plainte avec constitution de partie civile effectué par Maître Ouakrat devant le Doyen des juges d’instruction de Paris.

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La procédure de dépôt de plainte devant le Doyen des juges d’instruction comporte une particularité. Elle contraint le juge à instruire l’affaire alors qu’un dépôt de plainte à un officier de police judiciaire (OPJ) ou au Parquet laisse au procureur le choix d’ouvrir ou non une instruction. Le Parquet peut très bien classer l’affaire sans suite en considérant que les infractions révélées dans la plainte sont insuffisamment caractérisées. Il peut aussi renoncer aux poursuites car il les considère inopportunes. Contrairement à une croyance largement répandue, de nombreuses infractions ne donnent pas lieu à poursuites (sauf en matière routière, fiscale ou douanière naturellement). Cet état de fait ne résulte nullement d’un laxisme ou d’une mauvaise volonté des parquets ni des juges d’instruction, mais tout simplement de l’encombrement extrême de la justice pénale.

La procédure choisie par Maître Ouakrat met Max Mosley à l’abri du risque de non-poursuite. Sa plainte sera instruite. L’inconvénient de cette procédure est qu’elle s’accompagne d’une consignation, c’est à dire du dépôt d’une somme d’argent non négligeable entre les mains de la justice. Cette consignation se révèle souvent dissuasive pour le justiciable commun, de telle sorte que la procédure de dépôt de plainte entre les mains du Doyen des juges d’instruction n’est pas si fréquente. Mais il est permis de penser que monsieur Mosley ne sera pas trop gêné par le sacrifice financier que suppose sa stratégie.

Je ne serais pas surpris que la phase suivante de la technique s’appuie sur la reproduction d’un principe juridique absolu en procédure française. Ce principe se formule comme suit : le pénal tient le civil en l’état. En d’autres termes, une juridiction civile ne peut pas se prononcer tant que la justice pénale n’a pas délibéré. Monsieur Mosley va développer devant l’assemblée de la FIA un argumentaire selon lequel tant qu’un tribunal pénal n’a pas jugé l’affaire, il existe un doute sur les faits reprochés et qu’en conséquence, l’assemblée doit surseoir à délibérer. Certes, elle n’est pas soumise aux règles de procédure françaises, mais monsieur Mosley et son avocat sauront arguer de la prétendue qualité de victime de l’actuel président de la FIA, des garanties qu’il serait légitime de lui accorder et de l’équité qui commanderait d’attendre que la justice pénale se soit prononcée.

Pour ma part, ce qui me choque dans les agissements de monsieur Mosley, ce n’est pas qu’il fréquente des prostituées. C’est sa vie privée et elle ne regarde que lui et son épouse. Par contre, la connotation nazie de la scène est absolument intolérable et insupportable. Si elle n’existe pas, comme le prétendent certains, la suspicion est de toute façon assez grave pour que monsieur Mosley s’écarte de ses fonctions tant qu’il n’a pas apporté de preuve contraire convaincante. Rappelons que monsieur Mosley n’est pas un salarié modeste pour lequel une mise à pied pourrait engendrer des conséquences dramatiques. Monsieur Mosley pourra continuer à vivre décemment et à assurer l’existence de sa famille, même s’il perd son poste à la FIA.

Monsieur Mosley joue à fond la carte de la victimisation. Maître Ouakrat n’a pas hésité à déclarer que, pour lui, « jeter sur la place publique ce genre de scène intime et privée équivaut à un viol. »

On croit rêver, ou plutôt cauchemarder.

D’autant, et c’est fort triste, que la stratégie choisie commence à porter ses fruits.

Ne lisions-nous pas le mercredi 28 mai dans un quotidien sportif français (page 17), la phrase suivante : « De fait, News of the World s’est employé à donner une connotation nazie à des événements qui, de l’avis même d’experts consultés, n’en comporterait aucune. »

Voilà une assertion bienveillante dont Maître Ouakrat et monsieur Mosley sauront gré à la journaliste. Puissent l’ensemble de ses confrères se montrer plus circonspects envers moniseur Mosley !

La plume qui signe ce texte est, il est vrai, la même que celle qui, lors des incidents à caractère raciste contre Lewis Hamilton survenus durant les essais hivernaux à Barcelone, s’amusa dans les colonnes du même quotidien « des banderoles caustiques et teintées d’humour s’attaquant à McLaren et Hamilton »…