26 mai 1968. La France traverse une crise qui la paralyse. Après la nuit des barricades le 10 mai, de nouvelles émeutes ont eu lieu le 24. Elles ont fait un mort, le commissaire Lacroix, écrasé par un camion lancé par les manifestants. L’ambiance est torride et les leaders du mouvement révolutionnaire ne s’adorent pas. Daniel Cohn Bendit qualifie les dirigeants du Parti communiste et de la CGT de « crapules staliniennes ». François Mitterrand annonce que lorsqu’il sera Président de la République, il se nommera aussi premier ministre…

Depuis le 13 mai, le Festival de Cannes voit ses projections perturbées. Truffaut, Godard, Lelouch, Berri, Polanski, Malle et Léaud ont entamé les débats sur la poursuite du Festival. Le 19, la grande fête du cinéma s’est sabordée. Aucun prix ne sera décerné en 1968. Le 25, des négociations se sont ouvertes au Ministère du travail rue de Grenelle. Permettront-elles la reprise du travail et l’apaisement ?

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Que va-t-il advenir du Grand-Prix de Monaco ?

La Principauté ne souhaite pas l’annuler. Toutes les écuries sont parvenues à amener leur matériel sur le site. Toutes sauf une, Ferrari. Mais si la Scuderia ne se présente pas dans l’univers du Prince Rainier, ce n’est pas à cause de la révolution qui menace. Ferrari entend protester contre des mesures de sécurité insuffisantes qu’elle estime en cause dans l’accident mortel de Lorenzo Bandini l’année précédente.

Le Grand-Prix de Monaco aura bien lieu. Comme chaque année à 14 heures, les bolides rugissants s’élancent dans les rues de la Principauté. Surprise, le jeune Johnny Servoz-Gavin, qui remplace Jackie Stewart blessé au poignet au sein du Team de Ken Tyrell, brûle la politesse à Graham Hill et s’élance en tête.

La Matra-Ford contient la Lotus. La fête durera trois tours, jusqu’à ce que Johnny s’appuie contre un rail et casse un demi-arbre de roue. Ce sera l’abandon. Graham Hill mène un Grand-Prix qu’il a déjà remporté à trois reprises. Depuis le Grand-Prix d’Espagne, sa Lotus-Ford arbore les couleurs rouge et or du cigarettier Gold Leaf. L’ère du sponsoring commence, et Colin Chapman fait partie des premiers à saisir les opportunités qu’offre cette révolution purement « capitaliste ». Rien d’étonnant à ce qu’un des grands innovateurs du monde de la F1 ait compris très tôt ce virage économique de la discipline.

Graham va-t-il mener tranquillement la course jusqu’au drapeau à damier ? Non, car à Monaco plus encore que sur n’importe quel autre circuit, tout peut arriver. D’ailleurs, la course tourne à l’hécatombe. Jackie Oliver, Bruce McLaren, Jochen Rindt, Jean-Pierre Beltoise, Pedro Rodriguez abandonnent sur sortie de piste ou accrochage. Jack Brabham est victime de sa suspension, Dan Gurney de son allumage, Piers Courage de sa transmission, Jo Siffert de son différentiel, John Surtees de sa boite de vitesses.

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A quelques encablures de l’arrivée, ils ne sont plus que cinq en piste. Et Dick Attwood sur BRM s’accroche comme un beau diable aux échappements de la Lotus rouge et or. Deux secondes seulement séparent les deux hommes de tête qui franchiront le drapeau à damier dans cet ordre. Graham Hill remporte sa quatrième victoire sur la piste monégasque où il a débuté sa carrière en F1 dix ans plus tôt. Lucien Bianchi, qui pilote une Cooper BRM, complète le podium. Ludovico Scarfiotti (Cooper BRM) et Denny Hulme (McLaren Ford) prennent respectivement les quatrième et cinquième places.

La vie d’un pilote en 1968 ne ressemblait pas tout à fait à celle d’un de ses confrères contemporains

Si Johnny Servoz-Gavin ne marque aucun point, il aura tout de même marqué l’opinion grâce à son flamboyant début de course. Lui qui joue les remplaçants et ne court même pas toute la saison en F1 s’est permis de mener quelques tours durant le plus prestigieux des Grands-Prix. Le très prometteur Johnny connaîtra d’autres heures de gloire avant de décider d’arrêter la compétition en 1970, alors qu’il avait enfin acquis un poste de pilote titulaire pour toute la saison chez Tyrell. Fut-il marqué par l’accident de Jo Schlesser au point de perdre l’envie et la joie de courir ? Perdit-il un peu de son acuité visuelle à la suite d’un accident survenu en rallye ? Trouva-t-il simplement l’évolution professionnelle de la F1 incompatible avec sa philosophie de la vie ? Je n’ai pas trouvé de réponse certaine à ces questions. En 1970 en tout cas, Johnny laissera sa place chez Tyrell à un autre jeune Français aux dents longues, François Cevert.

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La vie d’un pilote en 1968 ne ressemblait pas tout à fait à celle d’un de ses confrères contemporains. Peu d’essais privés, moins de Grands-Prix, mais d’autres courses. Le 26 mai, Lucien Bianchi monte sur le podium du Grand-Prix de Monaco. Mais la Cooper BRM ne sera pas la seule voiture qu’il pilotera cette année-là. Lucien court aussi en endurance. Il va d’ailleurs remporter les 24 Heures du Mans (reportées en septembre à cause des événements) sur une Ford GT 40 de l’écurie John Wyer qu’il partagera avec Pedro Rodriguez. En fin d’année, il s’alignera au Marathon Londres – Sydney, un rallye de 16.000 kilomètres au volant d’une DS 21 ! A 150 miles de l’arrivée en Australie, l’équipage Bianchi – Ogier mènera la course. Mais une voiture de touristes percutera la DS 21. Elle ne repartira pas et son équipage sera transporté à l’hôpital de Sydney.